L’affaire des deux corps sans tête de Sainte-Engrâce (mai 1939), entre fait divers et mémoire.
Ce drame s’est déroulé dans une période particulièrement difficile, entre la fin de la Guerre civile en Espagne et le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. En mai 1939, la violence fait irruption dans le quotidien d’une petite communauté montagnarde.
L’évocation de cette affaire nous a semblé une bonne occasion pour aller à la rencontre des habitants de Saint-Engrâce d’aujourd’hui. Une cinquantaine de personnes étaient présentes à la réunion organisée à la mairie, le 21 août 2023. Une petite groupe de marcheurs venu de toute la France était parmi nous ; ils avaient traversé la montagne sur les traces des combattants de la liberté et des hirondelles.
Les dépouilles des deux combattants républicains gisent quelque part dans la montagne. Il faut les arracher à l’oubli, et leur donner une sépulture digne. Ce projet a été évoqué à la fin de la réunion. Celle ci aura été nous l’espérons le point de départ d’un travail de mémoire entre Sainte-Engrâce, la Soule, la Navarre, l’Aragon.

bonjour, je me permets de vous donner le témoignage de mon grand père, Mr Henri Heugas,industriel à Mauléon ,qui en revenant de la vallée de Roncal ou il se rendait souvent en compagnie de sa fille pendant la guerre civile espagnole, pour apporter à ses amis d’Isaba quelques denrées qui leur manquait ( çafé ,cigarettes etc..et même des sandales ) ,trouva sur son chemin deux cadavres, la tête tranchée .Vous pouvez imaginer leur effroi… Je ne sais si mon grand père a été le lançeur d’alerte ,tous les détails ne sont pas inscrits dans ma mémoire,peut être n’a t’il pas voulu trop ébruité ce fait ?Il a cependant pris une photo que je posséde ou l’on voit sa fille devant le spectacle que vous imaginez..Si je me manifeste aujourd’hui ,c’est par respect pour la famille,je suis prés à fournir ce document ( petite photo en noir et blanc ) à condition que cela puisse faire avancer les recherches et je ne veux pas de média à la recherche du sensationnel . Je demanderai forces garanties…Salutations distinguées
Monsieur Poutier, bonjour
Votre message m’intéresse particulièrement.
Peu après la découverte des deux cadavres décapités, un juge d’instruction a été dépêché sur place pour mener l’enquête. Le dossier d’instruction est conservé aux archives départementales à Bayonne. Les témoignages indiquent clairement que les deux cadavres ont été découverts en pleine montagne sur le chemin qui descendait du col d’Urdayté, dans un lieu nommé zarday xiloa. Il y avait aussi un médecin légiste : le docteur Barbaste de Saint-Palais.
Si votre grand père et sa fille ont découvert deux cadavres au bord du chemin, ils les auraient donc découverts à cet endroit entre le 30 mai 1939 (date de l’assassinat) et le 5 juin date de l’enquête.
Le silence qu’ils ont observé est probablement du au fait qu’ils craignaient que le transport de vivres à leurs amis espagnols soit assimilé à de la contrebande.
La photo que vous possédez donne-t-elle une indication sur le lieu où étaient les cadavres : arbres, rocher, bord de chemin, ruisseau? Des traces de feu, un objet autour des corps? Ces indications nous seraient bien utiles. Une association s’est créée l’année dernière avec le projet d’exhumer ces corps et de leur donner une sépulture digne dans leur village natal en Aragon : Uncastillo. Le lieu d’inhumation à Zarday Xiloa a bien changé en 85 ans et il ne sera pas facile de retrouver les corps. D’où l’intérêt de la photo.
Je comprends très bien vos scrupules : il ne faut pas la diffuser la photo. Il y a plusieurs autres photos des corps dans le dossier d’instruction. Je me suis refusé à les regarder, alors que j’ai étudié les autres pièces.
Pour continuer notre échange pourriez-vous s’il vous plaît m’écrire à mon adresse personnelle : relissondo@orange.fr ?
Dans l’attente de votre réponse
Robert Elissondo